MilleFeuille

Laure Adler, un quart d'heure dans les arbres 

Elle n’a pas quitté ses lunettes fumées pour lire les mots de Marguerite Duras. Les silences sont graves, comme la voix. Laure Adler questionne le passage de l'écrit à l'écran d'Une Journée entière dans les arbres diffusé en 1976. 

Publié le 27 février 2020 — Mis à jour le 12 mars 2020
Laure Adler

Elle n’a pas quitté ses lunettes fumées pour lire les mots de Marguerite Duras. Les silences sont graves, comme la voix. Laure Adler questionne le passage de l'écrit à l'écran d'Une Journée entière dans les arbres diffusé en 1976. 

Publié le 27 février 2020 — Mis à jour le 12 mars 2020
Temps de lecture : 4 min

MilleFeuille : Laure Adler

madelen, elle est tellement tout ça

Des Journées entières dans les arbres raconte l’histoire d’une vieille dame des colonies qui rend visite à son fils, un homme de cinquante ans dont elle aurait presque oublié le visage. Il est séducteur, léger, danseur mondain et refuse de grandir. Elle voudrait le garder pour elle. Au départ censuré en 1954, ce court roman est adapté et mis en scène par Marguerite Duras en 1976, avec Jean-Pierre Aumont, Madeleine Renaud et Michèle Ogier. Tous les trois ont été récompensés par le prix Jean-Cocteau.

« C’est un des textes les plus importants quand on aime Duras, sa grammaire et son univers. Un texte dans lequel elle ne cesse d’évoquer sa haute enfance et cette espèce de traumatisme qu’elle a vécu : elle a toujours aimé idolâtrer sa mère et a toujours prétendu que sa mère ne l’avait jamais aimée. Ça a été sa matière d’écriture, dès le départ, jusqu’à son dernier souffle elle n’a parlé que de cela. »

À regarder sur madelen, l'offre de streaming illimité de l'INA :

Des journées entières dans les arbres

« Dans cet extrait adapté à l’écran, chacun des personnages est enfermé dans sa bulle. Les mots employés ne sont plus les mêmes, mais le principe d’écriture est exactement le même. Les silences sont l’arme essentielle de l’écriture de Marguerite Duras. Elle écrit pour essayer de s’installer dans le silence du non-dit et c’est sa perspective la plus métaphysique, la plus philosophique. C’est aussi une philosophe de la langue. Elle disait que mon idéal dans l’écriture serait de parvenir à la beauté des planches de bois dans les escaliers des vieux immeubles à Paris, quand ils ont été lavés à l’eau de javel pendant soixante-dix ans et que les nervures apparaissent sous le plancher. Les silences sont comme les veines du bois qui ont été javellisées.  »

Pour aller plus loin sur la figure de la mère dans l'oeuvre de Duras  :

Madeleine Renaud explique comment elle a travaillé son personnage de la mère pour jouer dans Des journées entières dans les arbres de Marguerite Duras.

Propos recueillis par Pauline Baduel